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Compte Rendu N°6. La parole.

Lecture commentée pages 21 à 23.


Groupe de lecture, compte rendu -6- 12 Mars 2016 à Brugairolles Edith Blanquet, Corinne Simon, Anne Guignabert, Marie-Christine Chartier, Darwin Fauché, Frédérique Remaud

« Acheminement vers la parole » Martin Heidegger pages 21-22-23

Résumons : Il s’agit de chercher le parlé de la parole. La parole n’est pas une propriété de l’homme pas plus qu’elle serait une technique d’expression. Elle n’est pas de l’ordre d’une activité, d’une praxis. Ce n’est pas l’homme qui parle, c’est la parole qui nous parle.. la parole nous donne à entendre..une dite qui se dérobe. D’emblée si on le regarde du côté de notre posture de thérapeute, c’est toute l’importance de cette attention à l’expression comme manière de tisser des formes càd un rapport figure/fond..une figure s’éclairant d’un fond s’opacifiant(importance de bien lire : s’éclairant/s’opacifiant...participe présent) donc qqchose toujours en voie de se manifester (tout comme le phénomène qui n’est pas un fait). Ce que nous faisons dans notre posture, c’est d’amener nos patients à prendre la mesure de ce qu’il y a d’inouï dans la parole..de ce qui n’a jamais été entendu jusque là et cela nous oblige (au sens "d’être l’obligé de") a nous même nous tenir dans une écoute particulière, autre que la manière quotidienne d’avoir déjà compris (équivoque, curiosité, bavargade comme modes de l’existence quotidienne) . Par exemple, quand il est question de vouloir/ pouvoir s’éloigner pour D., on peut l’entendre comme une forme de l’approche plutôt que comme une forme de mise à distance ( ainsique cela est convenu d’évidence dans nos modèles de penser la relation)..et d’ouvrir cette dimension,ce rapport dans l’horizon d’un pouvoir se tenir proche, invite à entendre tout à fait autre chose : que veut nous dire être proche de ?

Donc,

« Un soir d’hiver tel est le titre du poème. De ce poème, nous attendons la description d’un soir d’hiver comme c’est en réalité. Mais le poème ne représente pas un soir d’hiver ayant lieu quelque part et à tel moment. …………………………………… …………La parole est parlante – si du moins nous admettons que parler, dans sa vérité, ne soit pas exprimer. » p21

Il s’agit de la manière dont d’avance on a toujours déjà compris ( Comprendre/ équivoque). Si nous disons « Qu’un soir d’hiver » c’est de la poésie, ce n’est pas la même chose que si nous sommes en sciences naturelles et que nous décrivons un soir d’hiver par des phénomènes physiologiques : il fait tant de degré, la neige tombe en telle quantité et le vent est orienté ainsi, un feu dans la cheminée dégageant telle température.. c’est à dire qu’il nous vient en images l’idée d’une réalité objective qui est mesurable. Si nous imaginons un soir d’hiver : il y a de la neige dehors, nous sommes à la fenêtre et regardons les flocons qui tombent .. et puis nous imaginons des sapins, un pull en laine. Nous pouvons décrire un espace géographique, quelque chose qui est attendu, qui peut se calculer et s’objectiver, qui s’étale devant nous dans un espace euclidien et dont nous sommes observateurs, ou bien nous nous trouvons appelés à un paysage prenant place à même notre présence. L’énoncé factuel est une description ou une explication dans le sens où nous pouvons en rendre compte de manière à ce que chacun puisse dire la même chose de cet endroit. On décrit des phénomènes naturels extérieurs à nous, avec l’idée d’une réalité qui se tient devant nous indépendamment de notre présence, qui est la nature elle-même. Ça c’est le premier sens ! et il y a un autre sens qu’il évoque : il dit que ça c’est évident pour chacun, ça ne décrit pas un soir d’hiver pré-existant, objectif mais ça ne donne pas non plus à « un soir d’hiver qui n’a pas lieu l’apparence d’être là, en nous en procurant l’impression ». Donc, ce n’est ni une réalité objective ni un imaginaire au sens d’une fantaisie quand on est en poésie. Le but n’est pas de décrire de la géographie ni de produire une fantaisie ni de mettre en images (au sens de l’imaginaire entendu classiquement). Qu’est-ce qu’il dit de plus ? Il dit que même si c’est une description, ce n’en est pas une .. ça reste de la poésie. Ce n’est pas une description au sens des sciences de la nature mais plutôt une manière de la présence. « Ecrivant son poème, le poète imagine quelque chose qui peut être, il en figure la présence. » Comment on entend ça, la présence ? Ce n’est pas la présence subsistante de quelque chose posé devant moi .. cela nous invite à ouvrir la question de la présence ? Est-ce que la présence c’est la saveur d’une atmosphère ? Mais n’allons pas trop vite et donnons nous le temps d’avancer au fil du texte : il s’agit de demander ce que veut dire décrire ? Quelles sont les manières de décrire ? Dans quelle posture se tient-on quand on produit une description de l’ordre des sciences naturelles ? Dans quelle attitude se tient-on quand on est dans une description de l’ordre de l’imaginaire ? et là ...l’auteur nous laisse dans une sorte de flou/d’ouverture : on pourrait croire qu’il nous décrit un paysage "intérieur" et aussitôt "intérieur" nous devient moins familier. En effet cela n’est pas dans l’horizon de notre propos antérieur où il nous est dit que la parole était parlante, elle-même. Si la parole exprime un paysage intérieur/ un vécu cela exprime quelque chose que je mets au dehors de moi (l’intérieur = moi ?) et ça vient heurter l’idée que c’est la parole elle-même qui parle ... ici la parole n’est pas conçue comme un outil de communication, d’extériorisation d’un sujet stable et consisté en une intériorité. Quand on suggère une atmosphère ..ça pourrait être une atmosphère qui est à l’extérieur de moi ? ..ou qui est à l’intérieur de moi que j’exprime ? … ce qui n’est pas la même chose que la tonalité atmosphérique au sens de la chimie qui est une atmosphère objective ? Il y a peut-être là encore une évidence que nous ne prenons pas en vue ?

Reprennons : si ce n’est pas décrire une réalité, est ce que c’est décrire un paysage imaginaire ? quelque chose que j’ai dans moi, une fantaisie, une imagination ? Pour le moment nous sommes avec ces questions. Et Heidegger écrit « il en figure la présence », phrase qui dit quelque chose concernant la présence, sans que ça l’énonce de manière explicite. démarche herméneutique ? On pourrait dire et bien oui la présence, d’accord ! mais qu’est-ce que ça veut dire ce mot là ? on ne sait pas ! ça nous met en question.

Le parler du poème "figure la présence" ..Que veut dire figure ? nous pensons aussitôt à figure/fond, la forme en voie d’elle-même, en voie de sa manifestation/ présence...une présence, prae-sens, au -devant de soi...en voie-de sa manifestation sans cesse survenant...et là cela nous invite à penser autrement que dans l’évidence (subjectivité des modernes) d’un je suis en un lieu "intérieur" et "extériorisant" par la parole poétique ou autre... Heidegger nous dit : « Dans le poème, ce qui est parlé, c’est ce qui, prenant issue de lui, est prononcé par le poète » Ce n’est pas le poète qui prononce quelque chose qui est à l’intérieur de lui, c’est ce qui prend issue du poème, de la poésie elle-même et qui requiert un poète pour pouvoir être figuré ?. Alors que si je prononce un paysage intérieur, c’est moi qui le maîtrise et qui en suis l’auteur …il dit bien autre chose ! Et du coup si on relit la phrase « Devenu poème, le poème évoque en nous l’image de ce qui ainsi a été figuré » on l’entend différemment puisque ce qui a été ainsi figuré n’est pas forcément ni une description ni un imaginaire, ce n’est ni un paysage personnel ni un paysage objectif, ce n’est ni subjectif ni objectif… Peut-être que notre manière de penser la Gestalt/ forme peut nous donner là acceuil à ce propos ?

Le premier mouvement : « Un soir d’hiver, tel est le titre du poème. De ce poème, nous attendons la description d’un soir d’hiver comme c’est en réalité » La manière de penser "physique" nous dirons, un soir objectif, un paysage au sens classique, au sens de la géographie d’Erwin Straus (cf "Du sens des Sens" paru chez Millon) :la neige, une température, une certaine lumière. « Mais le poème ne représente pas un soir d’hiver ayant lieu quelque part et à tel moment » et là, nous entendons une opinion, un imaginaire d’un sujet humain ? Evidemment c’est un poème et pas une description naturaliste, pré-existante. Ça c’est la première étape, paysage naturaliste, objectif, donc chacun est d’accord là-dessus ! …Alors si ce n’est pas quelque chose d’objectif c’est évidemment subjectif ? ! nous tournons et retournons...

Le deuxième mouvement : « Tout le monde sait bien qu’un poème, c’est de la poésie. C’est de la poésie même là où il a l’air de décrire. Ecrivant son poème, le poète imagine quelque chose qui peut être, il en figure la présence. » Il imagine quelque chose de subjectif ? deuxième opinion, « Devenu poème, le poème évoque en nous l’image de ce qui a été ainsi figuré. » Ce qui a été figuré par quelqu’un ?..c’est le paysage intérieur d’un humain, intérieur par rapport à extérieur, on est dans objectif/subjectif ...nous mesurons combien nous sommes pris dans une façon d’avoir toujours déjà pensé l’homme : une anthropologie...

« Dans la parole du poème, c’est l’imagination poétique qui ressort. » L’imagination poétique serait-elle une capacité ? une aptitude d’un humain ?

« Dans le poème, ce qui est parlé, c’est ce qui, prenant issue de lui, est prononcé par le poète. » Là quelque chose d’autre se dit ! "ce" qui prenant issue de lui ..le poème et pas le poète ! est prononcé par le poète ..donc, cela vient du poème et c’est prononcé par le poète .. le sujet de cette phrase c’est le poème, on pourrait entendre « lui » comme étant le poète . « Ce qui est ainsi prononcé parle dans la mesure où il énonce son contenu » Là, ce qui fait le lien avec la thérapie et notre manière d’entendre/ écouter.... qu’est ce qui se dit ? Ce que ça dit on ne le sait pas encore, ce n’est pas quelque chose qui est déjà d’avance compris. « Ce qui est ainsi prononcé » :quand nous disons la phrase, cela que nous prononçons parle, énonce un "contenu" .. ça, c’est ce que nous pensons habituellement .. Que veut dire "contenu" ? c’est là qu’il faut peut-être nous arrêter .. d’accord, c’est un contenu ! mais qu’est-ce que c’est ce contenu ? ça ne va pas de soi, nous n’avons pas de réponse.. ça décale, ça nous conduit à une attitude où l’on n’est pas dans le penser quotidien. Et là Heidegger reprend la définition classique, le contenu donc, c’est « La parole du poème, à plus d’un titre, parle dans un mouvement d’extériorisation. », à plus d’un titre il a bien dit, ce que dit le poème ça parle et c’est un mouvement qui extériorise .. et encore faudrait-il savoir ce qu’extérioriser veut dire ? Nous pouvons l’entendre comme quelqu’un qui s’extériorise, qui dit sa subjectivité ou d’un extérioriser qui est la présence hors de .. ça figure la présence ? La présence qui n’a pas de place et de lieu, donc qui est hors .. ce qui ne veut pas dire que ça va d’un dedans vers un dehors, c’est un ex-térieur, hors de toute place, on y a pas encore pris place.... Un parallèle entre mouvement d’extériorisation et figure à la présence .. le côté mystérieux de ça ! Dans le langage commun quand on dit un mouvement d’extériorisation, on fait l’hypothèse qu’il y a un dedans qui va dehors .. alors que présence veut dire prae-sens : hors de, à l’avant de soi, comme existence ..si on prend le soin de ce que les mots recueillent et pas du sens qu’on a déjà mis dans les mots. Extérieur, c’est une direction, mais qui ne veut pas dire d’un dedans vers un dehors. On reste dans l’équivoque puisqu’on est dans un travail herméneutique, puisqu’il dit «  Décidément, la parole s’avère bien être expression », elle est bien expression de ce point de vue là, mais soit nous le prenons dans le sens expression d’un sujet soit nous le prenons dans le sens ex-térieur et présence .. c’est bien ex-pression, ça presse vers, mais ça ne dit pas d’un je vers autre chose .. ça presse vers .. la représentation de Dasein ..ce mouvement, ce trait avec une flèche qui n’est ni un dedans ni un dehors ( CF "séminaire de Zurich" publié chez Vrin). Donc en quelque façon, expression, c’est pertinent ! mais il ne faut pas trop vite avoir compris que l’expression .. c’est l’expression de quelqu’un ! «  Mais ce qui est à présent avéré (.. cercle herméneutique .. on revient en arrière) prend le contre- pied de notre point de départ : la parole est parlante » Parce que si l’on entend au sens classique extériorisation de dedans vers dehors, alors c’est le contre-pied de dire que c’est la parole qui parle d’elle même, il dit bien « si du moins nous admettons que parler, dans sa vérité, ne soit pas exprimer. » Heidegger nous invite à re-questionner le sens, qui allait de soi, qu’exprimer voulait dire un je s’exprime, il nous invite à dire .. exprimer, c’est peut être tout autre chose ..il est en train de continuer à de-struire, c’est à dire à révéler la manière dont on a toujours oublié les choses (de-struire au sens de révéler le struire, de révéler toutes les formes déjà con-struites, mises ensemble, d’évidence ).

Quand nous prenons la parole à partir d’elle-même, nous ne pouvons pas y avoir accès ..mais si la parole nous invite à y prendre place, c’est la façon dont toujours on se place ( par exemple ..quand D. disait « je m’éloigne mais ce n’est pas une rupture .. », il était pris dans la quotidienneté ..c’est par là que nous prenions proximité l’un l’autre, donc, ce n’était pas une prise de distance entre nous au sens métrique, c’est une prise de place, c’est une manière d’y prendre place avec.) Existential dé-loigner : ouvrir place et lieu, donc ce n’est pas un dedans et un dehors, c’est y prendre place .. être-le-là .. é-loigné, c’est une manière de se tenir proche, c’est par là qu’on va trouver une proximité, c’est par là qu’on prend proximité l’un l’autre, toujours un rapport de proximité : être-auprès-de est un existential. La posture thérapeutique, c’est une manière d’y prendre place avec et de toujours questionner comment j’ai déjà "mangé l’autre à ma sauce" et m’y suis aussi mangé moi-même à mon insu ( mode d’être de la quotidienneté : dévalement), et quand je prends extériorisation comme d’un dedans vers un dehors alors j’ai déjà mangé à ma sauce et moi et l’autre et la parole.

« Même quand nous tentons de comprendre le parlé du poème à partir du dire poétique, le parlé se montre toujours et exclusivement – sous quelle contrainte ? – comme parole qui prononce et énonce. » Sous quelle contrainte ; sur quel fondement. Quand il dit la parole prononce et énonce, il n’a pas dit quelqu’un prononce et énonce, il dit "la parole", elle, prononce et énonce et la contrainte qu’il y a ..c’est quand on dit parole, on a toujours déjà présupposé un auteur ... Qui est le "sujet" ( le subjectum, le fondement..pas forcément sujet humain...) de la parole, qui en est l’auteur ? …et c’est cette contrainte-là dans laquelle nous sommes pris et qu’Heidegger va commencer à énoncer. Quand on est dans l’idée de chercher à entendre le parlé du poème à partir du dire poétique, ça se montre toujours et exclusivement sous quelle contrainte ? Dans quelle contrainte sommes-nous déjà pris qui nous amène à le voir comme ça … comme une parole qui prononce et énonce ? La parole étant la parole de quelqu’un qui est auteur de la parole .. ça c’est la contrainte qu’il y a à lever ? Heidegger nous amène à méditer : de quoi/qui il s’agit ? quel est le fondement/le subjectum ? Et du coup, il revient à .. « La parole est expression. » et « Pourquoi n’en prenons nous pas notre parti ? » Pourquoi n’accepterait-on pas cela ? Que c’est évident ! que c’est une expression ! Si c’est une expression alors c’est bien l’expression de quelqu’un ! Et c’est pas pareil de dire que c’est quelqu’un qui s’exprime et de dire : c’est par où quelqu’un va à l’expression … Pourquoi écrire un texte sur la parole et dire qu’elle n’est pas expression et en venir quelques pages plus loin à dire que la parole est expression ? Il dit que ça ne suffit pas ! « Parce que ce qu’il y a de juste, ce qu’il y a d’usuel dans cette représentation de la parole ne suffisent pas pour qu’on puisse fonder sur eux la situation de la parole en sa manière d’être à elle. » Il dit que ce qu’il y a de juste et d’usuel dans cette représentation de la parole : la parole comme expression, donc ce qui est juste, la pertinence de cette justesse, elle se montre toujours cachée ( ex-pli-citer/ ex-pliquer). D’évidence nous avons toujours déjà pensé la parole à partir de quelqu’un, d’un sujet ( et pour nous "sujet" est un synonyme d’humain) ayant quelque chose à exprimer : émetteur – récepteur.

« Comment prendrons-nous mesure de cette insuffisance ? Pour être capables d’une telle mesure, ne faut-il pas que nous soyons déjà liés par un autre mètre ? Assurément. » Mais comment prendre la mesure de cette insuffisance ? Il dit bien que pour prendre une telle mesure, il faut avoir entendu, il faut avoir comme appui un autre mètre, un autre repère, un autre fondement. Il faut s’être dépris d’une évidence pour pouvoir en reconnaître la portée et les limites.

Digression quotidienne : Le Gestalt thérapeute est pris dans l’évidence du vécu de la subjectivité moderne ( un sujet avec dedans des vécus) ; Même quand il veut lâcher l’idée du sujet constitué pour parler de champ : le champ est pensé alors comme un lieu dans lequel se trouvent plusieurs sujets humains...avec l’idée que penser selon un paradigme de l’individu veut dire "un individu isolé, seul"...alors au sein de notre communauté on pense en paradigme de champ : champ de l’un et champ de l’autre, dialogue ? Il y a là non méditée, l’idée que la psychanalyse est dans l’intra-psychique ( tout est à l’intérieur avec l’idée qu’il y a pas de relation à autrui ). Le champ, c’est dire que nous prenons compte de nous et de l’autre, le modèle dialogal, le je - tu de Buber. Mais le je - tu ne présuppose-t-il pas deux"individués", deux je séparés qui éventuellement sont ensemble ? Peut-être que le champ invite à une autre manière de penser l’être humain, autre que comme subjectivé et identifié... Le champ pensé comme celui de deux personnes/ individus/sujets ne permet pas de comprendre la possibilité qu’il y ait un "je" et selon quelles circonstances/modalités ? .. c’est toujours déjà posé comme une évidence, on ne peut pas aller plus loin et c’est aussi cela que permet la phénoménologie husserlienne avec la suprématie du vécu. Il dit un vécu d’un moi situé mais c’est toujours un moi situé c’est à dire une conscience avec un horizon .. ce n’est pas celà que Heidegger nous invite à penser avec son invitation à entendre l’être humain comme Dasein ... La Gestalt-thérapie est prise dans la toute puissance du vécu, et le vécu requiert un ego .. un ego qui vit quelque chose : c’est mon vécu et si c’est ainsi c’est vrai et souverain ! On pourrait dire que l’évolution que produit Husserl et le vécu par rapport à la pensée scientifique, c’est qu’avant, la vérité c’est ce qui était le plus pur , dégagé des scories du sensible (les sens sont trompeurs), on essayait d’enlever le "subjectif" pour être le plus" objectif" possible ( cf la psychologie scientifique ). Avec la psychologie phénoménologique husserlienne, on vient à l’idée que la seule vérité qu’on a, c’est celle d’un vécu (revenir au phénomène) mais on reste dans l’idée d’un sujet, ce qui est au fondement de tout ce qui est. Et depuis la philosophie moderne (Descartes) le sujet c’est l’égo et son composé de deux étoffes (mens, mentale et res, chose étendue). (Par exemple : il y a des situations qui font violence .. la violence n’est pas le propre d’un sujet qui voudrait être méchant .. la violence, c’est le propre de la parole …et c’est très différent que de dire : mon vécu c’est que tu es violent...comme si tout était maitrisé par le sujet-homme) Fin de digression

Donc, Heidegger écrit que pour être capable d’une telle mesure ne faut-il pas que nous soyons déjà liés par un autre mètre ? c’est à dire qu’il faut qu’on ait commencé à entendre d’une autre façon, d’ouvrir les yeux et accepter de voir à partir d’un autre paysage possible. Et « Cette autre mesure se donne à connaître dans notre leitmotiv : la parole est parlante. » Elle se donne à connaître, mais on n’y a pas encore accès, on la prend comme une évidence quand on dit la parole est parlante. « Jusqu’à présent, ce dernier n’avait pour but que de nous accoutumer à nous défendre d’une habitude endurcie ; celle, au lieu de penser la parole à partir d’elle- même, de la déplacer aussitôt pour la glisser parmi les phénomènes d’expression. » Il dit bien que jusqu’à présent il avait pour projet de nous accoutumer à nous étonner, c’est à dire de nous déprendre d’une habitude endurcie, de prendre conscience d’une évidence que la parole était un outil, une capacité d’expression d’un sujet. C’est dire qu’on pensait la parole à partir du présupposé d’un je et non à partir d’elle-même. Donc ça amène à commencer de bouger, de nous déplacer de la parole comme outil d’expression d’un je pour la regarder comme un phénomène d’expression ( le sujet c’est pas l’humain .. le sujet c’est la parole ..la parole exprime ). Mais on ne sait plus aussi clairement ce que veut dire exprimer ? « La parole est parlante. » La parole est parlante d’elle-même, il ne dit pas elle est expressive, il dit elle est parlante. Que veut dire parler ? qu’est ce que ça nous donne à entendre ? « Cela veut dire aussi et d’abord : la parole parle. » Un peu comme le monde monde .. "das Welt weltet". « La parole ? » Si c’est la parole qui parle, alors c’est pas l’homme ! La parole parle « et non l’homme ? » On prend conscience de l’évidence que le sujet c’est l’homme. « Ce qu’exige à présent de nous notre leitmotiv, n’est ce pas encore plus insoutenable ? Voulons nous aussi nier que l’homme soit l’être qui parle ? Nullement » Peut être que cela veut dire qu’être parlant c’est autre chose qu’être possesseur ou d’avoir des capacités techniques ? Mais il ne s’agit pas de ça non plus ! « Nous le nions aussi peu que nous ne nions la possibilité de ranger les phénomènes linguistiques sous la rubrique de l’ « expression ». » Il ne veut pas dire que l’homme n’est pas un être parlant. Il ne veut pas dire non plus que la parole c’est quelque chose qui a à voir avec l’expression … Ce qui nous amène à dire que nous ne savons plus ce que veut dire parler et exprimer mais ça nous amène à les penser autrement que selon les catégories habituelles et convenues. « Et cependant nous demandons : dans quelle exacte mesure l’homme parle t’il ? Nous demandons : qu’est-ce que parler ? » Que veut dire parler ? On est passé du quoi de la parole à qui parle et aussi qui est l’homme ? « Quand il neige à la fenêtre, que longuement sonne la cloche du soir,

Ce parler nomme la neige ; tard, le jour s’évanouissant, alors que sonne la cloche du soir, ses flocons tombent sans bruit contre la fenêtre. Quand il neige ainsi, tout ce qui remplit le temps dure plus longtemps. C’est pourquoi la cloche, qui jour après jour fait retentir la sévère limitation du temps, sonne alors longuement. Le parler nomme le temps du soir d’hiver. Ce « nommer », quel est-il ? Ne fait-il qu’affubler de mots des objets et évènements connus et représentables – neige, cloche, fenêtre ; tomber, sonner ? Non. Nommer, ce n’est pas distribuer des qualificatifs, employer des mots. » Ibid, p. 22 Le thème là, le mot essentiel c’est « nommer ». Dans ce passage, il décline les différentes manières usuelles d’entendre « nommer » et il nous ouvre à autre chose. Le premier niveau c’est d’attribuer des qualificatifs à quelque chose que nous comprenons d’avance objectivé .. un truc dans le monde, le monde compris comme un grand sac avec des objets ( ex : ce coussin est d’une couleur entre le rouge et le marron, il est carré et a telle dimension)… le monde est un contenant dans lequel il y a des choses qui sont d’évidence une production extérieure. Quelque chose qu’on pose comme un monde standard objectivé, celui de la vie quotidienne où il y a des objets manufacturés, disponibles et qui n’ont rien à voir avec nous, qui sont dans un temps stable, objectif. Donc « nommer », ce n’est pas distribuer des qualificatifs, employer des mots, avec l’idée qu’on a un stock de mots, un bagage verbal pour dire le monde, c’est à dire l’ensemble des objets disponibles. C’est une représentation du sujet avec l’idée que ce que l’on a à l’intérieur de nous sont des représentations mentales de ce qui est à l’extérieur. Cela veut dire qu’il y a des choses qui se présentent à l’extérieur et nous avons dans notre tête des images mentales ou verbales, des copies verbales des choses qui sont étendues, l’idée, l’étoffe mentale et l’étoffe matérielle ..avec, pour Descartes, Dieu comme garant de l’adéquation entre l’idée (re-présentée en nous) et la chose du monde, la justesse entre la chose pensée et ce dont il s’agit, le quoi. Et la vérité est l’adéquation entre une idée mentale (le mot que j’ai à l’intérieur qui est une idée ) et une chose étendue ( la chose objective qui nous pré-existe ). Donc les mots sont les bagages que nous avons pour faire la liste de ce qui est à l’extérieur, c’est ça distribuer des qualités ( les catégories d’Aristote : la hauteur, la profondeur, la largeur, la couleur etc ..). Par exemple, si je dis cette tasse est bleue .. vous me direz : non elle est pas bleue elle est verte …si je dis ce coussin est vert, … vous me direz : ok pour la couleur mais ce n’est pas un coussin, c’est une tasse.

Le deuxième niveau … un pas de plus ! « Nommer, c’est appeler par le nom. Nommer est appel. » Il commence à décliner « nommer », mettre en rapport nommer/appeler .. ça ne va pas de soi ! « Nommer est appel » Il ne dit pas appeler, déjà ça arrête, ça décale .. est ce que appeler par le nom c’est la même chose qu’attribuer des qualificatifs ? Appeler par le nom, c’est faire venir à la présence ( le "nom du père" dans la psychanalyse et chez Lacan ; puis au sens où Dieu produit les choses et c’est Adam qui les appellent par leur nom .. les appelant il les fait venir à la présence .. ce n’est pas lui qui les fait venir .. il s’y trouve aussi .. dans la bible, « nommer » ce n’est pas juste qualifier, c’est bien plus que ça ! )

« L’appel rend ce qu’il appelle plus proche. » Pourquoi on parle d’appeler en terme de proximité ou de distance ? ce n’est pas une question de mesure métrique ! Peut-on penser que lorsqu’on définit appeler, on parle de proche ou de loin ? Si on dit d’appeler que ça rend plus proche .. ça fait bizarre ! « Sans doute, cet approchement ne fait-il pas venir ce qui est appelé pour le déposer au plus proche dans le cercle du déjà présent et l’y mettre en sécurité. » Proche : ça ne le déplace pas en terme métrique et ça approche .. il parle d’un approchement, il ne parle pas d’un lieu géographique. Ce que fait Heidegger, c’est qu’à chaque fois il questionne le processus même de ce que veut dire « nommer », « parler », « proche », il est en train de mettre en œuvre la dimension parlante de la parole, tout ce que ça donne à entendre, tout ce que ça ouvre ( et qui d’une certaine manière est déjà fermé par la manière dont on le comprend chaque fois ). « dans le cercle du déjà présent et l’y mettre en sécurité » p23 « pour le déposer » … je prends l’étui à lunettes et je le dépose sur la table … ça ne le dépose pas plus proche dans le cercle de ce qui est déjà présent, présent au sens subsistant, se tenant de soi-même au sens de Descartes … et ça ne le met pas en sécurité dans le sens où cela n’en donne pas la certitude ( mettre en sécurité c’est donner la certitude de qqchose, s’assurer de .. et dire par exemple : sur la table, il y a un étui à lunettes ). Ça c’est le sens de la vérité, la vérité comme adéquation intellectus et res, c’est à dire, certitude, assurance … on est rendu sûr de.. Descartes : on doute une bonne fois des choses pour en avoir la certitude. Son doute est méthodique... La certitude s’entend là comme rendre compte, calculer au sens de justifier par la raison, mettre en pleine lumière… Donc, il ne s’agit pas de ça : ça ne prend pas les objets pour les déposer d’un endroit à un autre, ce n’est pas un déplacement métrique impulsé par une main ou un je. « L’appel appelle bien pourtant à venir. Ainsi mène- t’il à une proximité la présence de ce qui auparavant n’était pas appelé. » L’appel rend présent, ça mène à une proximité la présence de ce qui auparavant n’était pas appelé : « Quand il neige à la fenêtre, Que longuement sonne la cloche du soir, » Ce n’est pas quelque chose qui était appelé avant ça, ni qui était présent en tant que matériel. Cela précise déjà l’approchement … approchement ça vient de proximité. Qu’est ce qu’on entend habituellement par proximité ?… que le plus près de moi maintenant, c’est la couverture, c’est pas C. … sauf si je dis : le plus près des humains c’est C. ce n’est pas F. … si on mesure avec un mètre, le plus près en terme métrique ( comme la boule par rapport au cochonnet .. c’est le plus près qui a gagné ! ). Nommer c’est amener à la présence .. « Mais, » Et il y a un mais … là on se dit qu’on a compris … mais … à nouveau ! « appelant à venir, l’appel à d’avance fait appel à ce qu’il appelle. » Donc, c’est un appel qui appelle ce qu’il a déjà appelé auparavant...cela n’appelle pas quelqu’un … c’est l’appel lui-même qui d’avance a déjà appelé pour que quelqu’un réponde … « quelqu’un » c’est déjà avoir répondu à l’appel ( le toujours déjà ). Et ça appelle « Dans quelle direction ? » « Au loin, là où séjourne, encore absent, l’appelé. » Cela nous conduit au "parti-pris-d’y-voir-clair-en-conscience", c’est à dire ce qui fait la qualité de la présence, la survenue en mode ego du point de vue du self. C’est pas parce que je suis présent matériellement, un corps assis d’une certaine manière que j’y suis au sens de « ce nommer » dont il est question là. Quand nous sommes tous présents là dans la pièce, nous sommes tous présents du point de vue de l’objectivité mais y sommes-nous vraiment ? dans le sens du vraiment .. de quelle vérité il s’agit ? … est ce que c’est la vérité comme rendre raison ou c’est une autre forme de vérité qui fait que je n’écoute pas … on le sait bien ça ! d’évidence … mais on le perd. « L’appel à venir appelle à une proximité. Mais l’appel n’arrache pourtant pas ce qu’il appelle au lointain ; » ça veut dire que ça n’arrache pas quelque chose de loin parce que si ça arrache quelque chose de loin, c’est déjà subjectivé, ça a déjà pris place … ça revient au même que d’être un objet standardisé comme un coussin ou un humain. Erwin Straus : « La caresse est un mouvement infini d’approche. » La caresse nous fait toucher/ éprouver le lointain … dans la caresse, nous cherchons à approcher mais c’est une approche qui est un lointain sans cesse, c’est une diff-érrance, un différé sans cesse … si on pouvait vraiment toucher quelqu’un, on ne le caresserait pas. On ne touche pas un autre humain comme on prend, touche un objet... L’approche n’en finit pas de différer, c’est à dire que ce n’est jamais une matérialité figée, on peut dire … jamais je ne touche quelqu’un. Quand je touche-là, je prends simultanément conscience de tout ce que je ne touche pas et d’un "là" qui est jamais un "ici". On peut jamais être rassemblé, on ne peut jamais y être au sens matériel, tout entier présent, en sécurité, maîtrisé, stable et fixe. « par l’appel qui va vers lui, ce qui est appelé demeure maintenu au loin. » C’est à dire, qu’on est toujours dans une forme de lointain les uns les autres, ex : je t’aime tellement que je voudrais te manger .. même si je te mange je ne suis pas avec toi, je ne suis jamais tout près, c’est toujours un é-loigné, une proximité... « L’appel appelle en lui-même, et ainsi toujours s’en va et s’en vient ; appel à venir dans la présence – appel à aller dans l’absence. » Simultanément toute approche est épreuve du lointain .. toute fermeture est une guise de l’ouverture, toute présence est une absence .. du coup ! slash figure/fond ! tout éclairement est un assombrissement .. on ne peut pas s’arrêter, c’est pour ça que c’est toujours une tension, d’où la notion de forme plutôt que celle du concept pour nous Gestalt-thérapeutes et la notion de phénomène plutôt que celle de symptôme . « La neige qui tombe et la cloche du soir qui sonne » : maintenant, ici, dans le poème, les voilà qui sont adressés à nous dans une parole. Ils viennent en présence dans l’appel. Pourtant ils ne viennent aucunement prendre place parmi ce qui est là, ici et maintenant, dans cette salle.

« Quand il neige à la fenêtre, que longuement sonne la cloche du soir » ça ne nous appelle pas à imaginer la neige à la fenêtre et une cloche qui sonne matériellement. Quand on lit un poème, on ne voit pas des successions d’objets et pourtant ça dit quelque chose .. une présence qui amène à questionner la présence. Et du coup , il finit sur la question : « Quelle présence est plus haute, celle de ce qui s’étend sous nos yeux, ou bien celle de ce qui est appelé ? » Et à la fois je suis avec vous physiquement et en même temps me vient mon père, où je me demande s’il est toujours à l’hôpital où s’il est rentré ! me vient que j’ai envie d’appeler mon père .. et mon père devient soudain plus présent mais pas présent au sens où il y a une image physique de lui même, quelque chose de concret, ça appelle à et cela fait que c’est une proximité plus forte et en même temps que je le dis, aussitôt c’est vous qui devenez plus présents .. et on n’en sort pas au sens de cette présence-là.

Dans le travail de thérapie … Qu’est ce qui vient à se dire sans cesse : le" next "et à partir duquel "here now "prennent sens. Dire cela nous convie à distinguer une autre manière de penser le temps : "here now" à partir duquel next prend sens. Cela pose la question de la temporalité et même de pouvoir être temporel/temporant si on prend appui sur Dasein .. Notre posture se réclame du phénomène plutôt que du symptôme , de la forme plutôt que du concept. Nous prêtons attention à ce qui vient sans cesse à se dire et qui nous appelle à y prendre place et à nous y entendre (au sens de s’y accorder, mais accorder qui s’entend à la fois comme tonalité, proximité, séjour) .. avec tous ces rapports : venir à son propre/ s’y approprier avec . … ce qui vient sans cesse à se dire et qui nous ouvre site pour une présence : une forme, un rapport figure/fond sans cesse s’augurant. Donc, on prend bien soin de la parole, le "qui ?" ! un "qui ?" qui nous appelle à y prendre place patient/thérapeute, un appel qui n’a jamais fini de se différer.

Dans l’acte thérapeutique .. Dans la manière dont nous regardons et dont nous parlons là ensemble, quelque chose devient possible qui fait que le patient entend/ s’y entend/ laisse appeler/venir à son propre (propriation) et nous permet d’y entendre/ y être appelé à prendre place auprès. Les conditions sont propices pour que de ce quelque chose énoncé, patient et thérapeute viennent à la présence, dans la façon dont ça prend place/ forme, quelque chose est déjà entendu, mais pas pris en conscience au sens d’y-être-pleinement-concerné/engagé ..c’est ça semer des graines .. qui porteront des fruits et qui ouvriront d’autres graines dont nous ne savons pas lesquelles.

L’appel .. ce n’est pas moi qui appelle .. ça appelle l’autre et m’y appelle … semer des graines … ce n’est pas "moi" qui les sèment non plus mais ça vient semer, je participe de ça .. ça appelle/ m’y appelle à . J’ai bien conscience que je ne sais pas ce que ça va produire. Ce n’est pas comme quand je sème une graine de poivre où je peux espérer qu’il va sortir un poivrier. Ça appelle et le « ça » dont il est question là, il mérite de le penser autrement que comme le "ça de la situation" tel qu’on le dit habituellement dans la théorie du self . C’est différent de le regarder comme "le déploiement du self en mode ça ouvrant la possibilité d’une situation". La situation telle que nous la regardons ainsi , n’est jamais donnée/ pré-donnée, n’est jamais un ensemble de faits (rapport entre situation et champ et ça réfère à la manière de penser l’expérience : quelque chose qui arrive à quelqu’un ? ou bien , selon Dasein : possibilité de quoi que ce soit...d’y prendre/ trouver place avec et pour et moment avec et pour). Les "jeux de mots" sont des jeux de langue, ce n’est pas moi qui fait les jeux de mots … dans les jeux de mots, il y va de me laisser appeler à autre chose … de m’ouvrir à un appel et de m’y laisser concerner (au sens de souci, existential). Etre thérapeute, c’est produire des effets de langue ce qui n’est pas des "jeux de mots" entendu au sens habituel de "jouer avec les mots, chipauter"....nous ne sommes pas maitre et possesseur de la langue et peut-être que lorsque Lacan évoque "Lalangue" ou le "parlêtre" nous trouvons une proximité nouvelle...

La situation requiert tout le travail de la "venue-en-conscience" : d’abord "il y a".... le travail de la forme .. il y a s’in-forme en situation ... cela donne .. es gibt. Situation : c’est tout un travail au sens où cela nous travaille et où il y va d’y être approprié.. et bien sûr entendre ainsi" situation" n’est pas ce qui est convenu au sein de notre communauté (c’est entendu par les Gestalt-thérapeutes qu’il y a des situations : le donné de la situation ( un ensemble de faits) ) et si nous envisageons que c’est le donné (es gibt ; il y a), le donné lui-même ouvrant la possibilité de situation ( y être situé à : survenue d’un je/non je approprié et aussitôt "dilué") : trait ouvrant, ça dit exactement le slash de figure/fond, ça évoque la trace, l’arpentage ( le géomètre qui arpente un terrain .. c’est une façon poétique d’habiter le langage et de se balader dans les paysages) .. c’est pour ça qu’il faut marcher en lisant .. il faut marcher comme on lit ou lire comme on marche.

La grammaire, c’est autre chose que des règles techniques .. l’entendre comme question des places, c’est possibilité de place/ d’y prendre part/ place/site .. avoir temps pour et lieu pour .. La grammaire, c’est vraiment ça logos : cueillir et rassembler, prendre forme et visage. Ce n’est pas la logique au sens des règles de construction de la phrase, c’est la possibilité d’appeler, de nommer.

Ce qui vient, c’est que dans le bouddhisme, on part de ce point de vue que la parole des textes est une parole que nous ne pouvons pas comprendre … c’est le contraire de la religion chrétienne. Il est question de ça aussi dans la religion juive : la parole elle est herméneutique, il y a toujours à ex-pli-citer, alors que dans la parole chrétienne, le texte il est révélé et on doit l’apprendre par cœur. Alors que dans la tradition juive, la Khabale, c’est une manière de lire la Tora , une lecture qui sans cesse re-questionne. C’est sur ça que s’appuyait Freud pour mettre en œuvre la psychanalyse et l’herméneutique est née de là, de la Khabale, cette posture particulière qui est une lecture interpellante du texte pour en reconduire/ préserver/manifester ses infinies épaisseurs … Alors que dans la religion chrétienne, on apprend par cœur et on récite le "notre père", la bible. On peut lire la bible de manière herméneutique .. mais c’est pas l’apprentissage catholique, … l’apprentissage chrétien est tout autre. Dans l’apprentissage catholique on apprend les textes chrétiens et ce qui nous est révélé, les voies pour notre salut. Ce n’est pas la parole de Dieu qui nous est révélée ; c’est par elle que nous apprenons comment nous serons sauvés et on l’apprend par cœur. C’est une doctrine du salut des chrétiens et tout autre est la parole du divin des mystiques.