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CR°12 d’un entretien de la parole

lecture des pages 117 à 123


Compte rendu n°12 - Corinne Simon, Frédérique Remaud, Marie Christine Chartier, Edith Blanquet – La Vacheresse - février 2020. P. 117-123

On reprend sur la dernière phrase : « J. - Vous disiez que la parole est le trait fondamental dans la relation herméneutique de l’être humain à la duplication de présence et étant-présent. A l’occasion de cette indication, je voulais dire quelque chose ; mais cela n’aura lieu qu’une fois que vous aurez montré ce que nous avons laissé là impensé.

D. - Le mot « relation » lui-même [Bezugnote). Avec ce mot Bezug, nous pensons à Beziehung, au sens de « relation ». Note : Heidegger distingue ici Bezug de Beziehung. Les deux mots veulent dire couramment : relation. Mais l’allemand dit et pense la relation, ici, à partir de l’idée de trait (ziehen : tirer). La relation est donc, pensée en allemand, le trait par lequel deux choses sont liées, le tirant par lequel deux choses sont tenues ensemble - où l’on voit que le trait ou tirant ne peut pas être après coup. Bezug laisse paraître plus énergiquement ce trait. C’est pourquoi Heidegger le choisit pour dire ce qui suit. (Notre mot de relation - mais dans un autre registre, qui ne peut être déployé dans une traduction - soutiendrait lui aussi une pensée de ce dont il s’agit.] 8) La « relation », à son tour, chose bien-connue, nous pouvons la désigner en un sens vide, formel, et l’utiliser à titre de numéraire. Pensez à la manière dont procède la Logistique. Pourtant, nous pouvons aussi entendre tout différemment le mot Bezug dans cette locution : l’homme est dans la relation herméneutique à la duplication. Nous le pouvons, et même nous le devons au cas où nous pensons sur la piste de ce qui est dit. Il est probable qu’il n’est pas possible de le faire aussitôt, mais seulement avec le temps et après longue méditation. »

En allemand, Heidegger présente la différentiation entre Bezug et Beziehung du mot relation. Bezug a à voir avec transport, mouvement particulier : qui tire vers l’avant ; Beziehung : une manière d’être tiré vers… aller vers, aller à la rencontre. Tout d’abord, la différentiation en allemand invite à aller vers la définition de la relation en français. D’abord le 1er sens de relation entre 2 : autour du « numéraire » : Bezug, dans différents domaines : philosophie, biologie, musique, environnement… tout ce qui tisse un lien entre… Et puis l’idée de trait : Beziehung, « le trait ou tirant ne peut pas être après coup… », qui va participer à la tenue de quelque chose… ça consiste et donne place ensemble… ça prend place ensemble… Le 1er sens de relation, qu’il nomme vide, formel, le numéraire… 2 choses avec un trait au milieu… et l’impensé de ça. Dans la quotidienneté, on oublie, on ne prend pas en vue ce que relation veut dire ! Là, ça nous amène à nous arrêter. De quoi il s’agit ? C’est quoi 2 ? Comment c’est possible relation ? Est-ce que c’est entre 2 choses… ? Ou y a-t-il toujours relation ? Ça amène à s’étonner de ça. Il le fait d’une telle manière, qu’on prend la mesure de ce qui est notre évidence : l’impensé de chaque acte quotidien. « Pourtant, nous pouvons aussi entendre tout différemment le mot Bezug dans cette locution : l’homme est dans la relation herméneutique à la duplication. » Il amène l’impensé et nous amène à relire, à entendre l’inouï de ce qu’on vient d’entendre. Moment de cet entretien qui reprécise, dans un cercle herméneutique, qu’il n’y a pas 2. Cercle herméneutique, cercle de l’habitation de la parole… L’homme est en relation, non pas avec un objet, mais Il est lui-même une relation herméneutique : être toujours dans une question qui toujours lui échappe et se pose autrement… à la duplication, c’est-à-dire la question d’être et d’étant. Ce n’est pas un quelque chose et on ne peut pas les séparer et mettre un trait entre les 2 ! On parle pourtant de relation. On pourrait encore entendre cette relation numéraire et logistique… mais là on parle d’autre chose que d’un rapport de proximité matérielle, physique ou spatiale, on parle à un autre niveau : cet homme se pose des questions, quelque chose me tend, le charge. C’est une autre manière d’aborder la relation. C’est quelque chose qui me tend sans pour ça me mettre en rapport avec quelqu’un… c’est une tension, tout ce qui fait écart et m’appelle à prendre part mienne, tout ce qui fait question… La question d’être et d’étant, ce n’est pas 2 : ça me travaille… Plus on est dans cette dimension de la parole, de la quotidienneté et ce qui peut amener à autre chose, plus les choses simples apparaissent comme étant importantes : les évidences se lèvent plus facilement ! « Il est probable qu’il n’est pas possible de le faire aussitôt, mais seulement avec le temps et après longue méditation. » Si on ne s’y arrête pas, nous ne comprendrons pas : nous devons nous accorder temps. C’est à dire quelque chose qui nous permet de nous reprendre de l’affairement de la quotidienneté où le comprendre est équivoque, ne pas nous laisser dévaler dans la pente de l’accélération propre au temps quotidien. Et prendre le temps de se laisser entendre une parole et ne plus penser que l’on maitrise la parole pensée alors comme un outil devant nous... alors que nous sommes parole. C’est penser dans le sens de ‘méditer’ et pas dans le sens de ‘rendre raison’, opinion, aime/aime pas… (et ça ouvre la différence entre vécu et pathique.) Ainsi, arriver après une longue méditation, travail de pensée, de être et étant, de questionner, de méditer… et d’avoir déjà une idée de qui est Dasein… sinon c’est difficile à entendre ça.

« J. - Ainsi peu importe que l’on commence par comprendre le Bezug au sens habituel de relation. D. - Si vous voulez ; mais dès le départ, cela ne suffit pas - étant admis que ce mot Bezug, tel qu’il est employé ci-dessus, doit devenir un mot portant. » C’est partir de « relation » d’un point de vue quotidien, mais si on n’a rien d’autre en vue, ça ne permettra pas d’avancer. Il faut s’y laisser questionner et étonner… Y revenir et à nouveau en faire l’épreuve, s’y éprouver… ça corpore. Et c’est important de commencer un chemin et d’aller visiter autre chose. « Portant », comme le vent portant, qui va emmener dans une direction… et en même temps ‘porter’, un portant pour habits… ‘Portant’ et ‘tirant’ qui donnent possibilité d’une dimension et d’une direction… qui érigent : comme le port de tête… Prendre place et lieu… porter à la présence… soutenir… Nous sommes dans cette notion herméneutique de voir tous ces rapports qui fourmillent et aucun qui dit tout. Chacun apporte une épaisseur.

« Nous disons également Bezug lorsque nous voulons nommer l’emploi et la fourniture, le fait de se procurer les marchandises dont on a besoin. Que l’homme se tienne dans le Bezug herméneutique, cela n’implique justement pas qu’il soit une marchandise. » Nous entrons dans cette distinction, ces 2 possibilités du mot Bezug, qui implique une différence/tension vers qui est l’homme, qui plutôt que quoi… Ça rappelle ce rapport. C’est une manière de se laisser interpeler : Par exemple, aller chercher la définition est une étape, qui requiert de regarder qui je deviens ce faisant… Comment ça se mondialise... les existentiaux : comment s’y trouver, s’y porter, Befindlichkeit, la facticité… et aussi y être appelé, y être requis, y prendre place, attribuer place et lieu, contrée de monde…

« Tout au contraire, le mot Bezug aimerait dire qu’il faut l’homme en son déploiement, que l’homme appartient, en tant que celui qu’il est, à un falloir qui le réclame. » Le mot Bezug aimerait dire : conditionnel ! donc des conditions d’oreille et d’écoute pour que ça puisse dire ça ! conditionnel et égard aussi ... Aimerait dire : ce n’est pas moi : C’est le "mot" qui parle. Le sujet est le mot, et pas un humain. Et les mots ne sont pas des marchandises… Le mot devient affectueux avec l’homme, qui donne place et lieu. Et relation, Bezug, pourrait presque dire affection, une guise d’être, une manière d’y être affecté. Cette piste de compréhension amène au déploiement : à s’ouvrir, montrer son étendue… Quand un oiseau déploie ses ailes, il vole. Le déploiement est aussi ce qui érige l’homme, ce qui donne place à l’homme, prendre part, être requis, être appelé à la présence… se déployer présence, se com-porter. Déjà, en disant Bezug en allemand, ça nous requiert, pour pouvoir déployer la présence humaine, et ça a à voir avec une affectueuse présence qui donne lieu. Ce n’est pas nous qui la prenons. Nous y sommes appelés. C’est une dite et nous y répondons en prenant place. Ce n’est pas l’homme-machine et c’est une thématisation particulière, une nécessité, un impératif : « il faut ». Il faut un homme dans son déploiement, il faut un homme dans son humanité, celui qui est présence d’être, être étant, de cette manière étant : participe présent, déploiement de la présence. « en tant que celui qu’il est » : facticité, toujours déjà né en marche d’avance vers sa mort… il appartient à un savoir qui le réclame, qui l’appelle lui, qui le questionne dans le sens « qui ». Appel auquel il a toujours répondu, et il y est toujours en tant celui qu’il est et qu’il a à être ! La grammaire est logique / tissage/maillage et appelle à la signification. On pourrait voir 2 phrases : qu’il faut l’homme en son déploiement et que l’homme appartient, en tant que celui qu’il est, à un falloir qui le réclamenote !

Note : Falloir, en écho à il faut, tente de rendre der Brauch. Au sens premier der Brauch veut dire : l’usage, c’est-à-dire la manière dont l’usage est en usage. Mais, avec ce mot, Heidegger dit autre chose, Le début du cinquième texte, p. 205, emploie le mot der Brauch dans un contexte qui le situe exactement. Il s’agit en effet de traduire le vers 450 de l’Antigone de Sophocle, où l’héroïne, rejetant les lois, récuse même Zeus, en appelant à quelque chose d’indéfini (en grec, un pluriel neutre ταδε, repris sept vers plus bas par un tout aussi indéfini ταυτα), mais qui n’est pas - loin de là - imprécis ou nébuleux. Cela, donc, sur quoi Antigone prend mesure, Heidegger, en une parenthèse explicative, le transcrit : « Anderes, jener weisende Brauch. »

Brauch : avoir besoin de quelque chose dans le sens pratique, manière d’agir ancienne et fréquente. Vers 450 de Sophocle « Car ce n’est pas Zeus qui m’a donné le mot, mais autre chose » : ce n’est pas Zeus qui m’a donné l’ordre, convoqué… Tragédie d’Antigone : Etéocle et Polynice sont 2 frères d’Antigone. Créon, frère de Jocaste (mère d’Antigone), alors au pouvoir, fit donner à Etéocle une sépulture décente, mais il ordonna que le corps de Polynice, qu’il considérait comme un traître à sa patrie, restât sans sépulture à l’endroit où il était tombé. Antigone, convaincue que la loi divine devait l’emporter sur les décrets humains, décida de rendre les honneurs funèbres à son frère. Créon la condamna à être enfermée vivante dans le tombeau des Labdacides où elle devait mourir de faim. Il y a les différents niveaux de relations, les lois affectives, les lois morales… qui posent les questions de l’existence.

Antigone rejette les lois, « récuse même Zeus, en appelant à quelque chose d’indéfini (en grec, un pluriel neutre ταδε, repris sept vers plus bas par un tout aussi indéfini ταυτα), mais qui n’est pas - loin de là - imprécis ou nébuleux. Cela, donc, sur quoi Antigone prend mesure, Heidegger, en une parenthèse explicative, le transcrit : « Anderes, jener weisende Brauch. » » Traduction : « Mais Autre chose, cet « il faut » qui donne à savoir. », "Brauchen" : requérir...obligation morale être requis, façon d’appeler qui n’est pas précise mais on le sait… Et c’est au-dessus de l’humain, par-delà les dieux grecs… Chez les grecs, les humains et les divins co-habitent, dans un même monde. Il n’y a pas de monde et d’arrière-monde. Il faut des séparations d’être et d’étant métaphysiques pour que le divin et le matériel prennent monde distinct : la terre pour les uns et le ciel pour les autres. Petit à petit les dieux sont relégués dans les montagnes d’Olympe… puis ils partent dans le ciel avec la chrétienté. Et surtout avec l’avènement de la subjectivité. Chez les grecs, les mythes ont une valeur poétique et ça suffit pour expliquer le monde. Et on en vient à vouloir rendre compte du monde. Et on passe du mythe, au logos et du logos comme cueillir et rassembler à la logique comme technique efficace, à la science, au calcul. Ulysse est une épopée et ce n’est pas une histoire, c’est le monde, c’était la science de l’époque. Comme la poétique a valeur de vérité, de parole. Et c’est, avec le glissement, le passage de mythos à logos, et de logos à la logique, aux règles, table des raisonnements… qui vont dire les modalités de la relation : nécessité/possibilités, qualité/quantité… donc les manières de logos de tisser et rassembler qui sont cohérentes, conformes à une logique qui veut vérifier dans le sens : intellectus es res. Qui n’est pas la même manière que la vérité grecque qui est déploiement, aletheia. Et elle devient maîtrise de la raison humaine (numérique, calcul...) Et c’est pour ça qu’Heidegger pose cette question d’être et de temps, et pose la question de la métaphysique, de quelque chose qui pose l’être, l’étant comme quelque chose de divisé… l’apparent et l’apparaître… dimensions qui sont propres à la métaphysique et à une manière à vouloir maitriser. Alors qu’il restaure une pensée méditative et poétique. Il évoque comment on a disqualifié la poésie, la méditation… comme des sous-pensées car elles ne sont pas vraies… alors qu’elles nous donnent accès à une vérité d’un autre ordre que celle de la maitrise. C’est encore difficilement entendable aujourd’hui. Par ex dans la recherche en Gestaltthérapie entre les « échantillons » et la recherche clinique !

Suite de la note : Il s’agit d’un autre (au neutre], qui ne peut jamais être qu’à distance, et qui, de là-bas, oblige bien plus que toute loi humaine, et seul porte loyalement le nom de Nomos. Pourquoi Antigone a-t-elle « transgressé » les lois ? A cette question, eIle ne peut répondre autrement qu’en disant - les mots faisant presque défaut : parce qu’il le fallait. Der Brauch, au sens de Heidegger, veut dire ce règne de relation dont nous sommes, ou dont nous côtoyons l’un des termes, alors que l’autre terme ne nous est connaissable qu’à travers la relation même. Dans ce règne du « il faut », précisément par ce qu’il faut, sont entre-tenus ceux qui y ont leur séjour. Hölderling, dans un fragment où il recopie les vers G-11 de la treizième Olympique de Pindare, regarde sans doute dans cette direction puisqu’il intitule cette citation : Ursprung der Loyauté - origine de ce en quoi la loi peut se déployer comme loi. Dans toute la présente traduction, j’ai pris soin de réserver la locution française « il faut » à la traduction de der Brauch et de ses dérivés verbaux. Nómos νόμος le nom, quelque chose qui va de soi, « ce qu’il faut, lui qui donne à savoir » (p206)… la conscience morale : quelque chose qui fait qu’on sait et ça ne se discute pas, opinion diffuse de ce qui est juste et ce n’est pas mon opinion, un savoir qu’on sait, ça nous parle d’évidence… On a transformé Nómos et on en a fait des règles. Antigone a transgressé les lois de la cité et s’est inclinée devant le devoir moral.... « A travers la relation même » : l’épreuve. Dans la relation, il y a 2 termes il y a quelque chose qui nous travaille. « il le fallait » il y a une relation d’évidence avec ça, mais cette relation n’est pas connue, nommable. « Parce qu’il faut » : De fait il le faut ! ‘Ce’ n’est pas une causalité : 1er et 2nd… C’est par cela même. Par cela les humains se tiennent ensemble, s’entretiennent au sens de se parler. Ursprung : source qui jaillit, le fondement… « Origine de ce en quoi la loi peut se déployer comme loi » Les lois d’une société ne peuvent se déployer que sur fond d’une loi, d’un rapport de quelque chose qui nous oblige et qui nous requiert et dont on sait bien que certains actes sont de l’ordre du bien et du mal. L’humain est capable de discriminer le bien et le mal. Il le sait. Ça ne s’apprend pas. La loi morale n’est pas culturelle. Si on doute de ça, on enlève à l’autre sa dimension d’humanité et il devient un objet, s’il n’a pas cette loi qui le tient et qui fait qu’il est être de parole. Et c’est la parole qui le tient et qui le somme de dire la « vérité ». Ex du père qui dit : j’ai ligoté mon enfant, mais juste 2 min… En quoi, qu’est-ce qui vous amène à dire « juste 2 min » ? Avec les enfants jeunes, c’est difficile à attraper et on peut l’attraper par le corps, par l’affection, la manière et le prendre place, sans lâcher. « Tu peux me le redire une fois de plus, en me regardant ? » Dans la voix, ça vacille et ça se tient. La colère vient comme une intensité, quelque chose d’insupportable de cet appel à prendre conscience… la colère plutôt que la détresse.

J. - En quel sens ? D. - Herméneutiquement, c’est-à-dire en vue de porter à connaissance, en vue de prendre en garde une annonce. J. - L’homme se tient « dans la relation » (im Bezug) veut alors dire la même chose que : l’homme déploie son être d’homme « dans le il faut » (im Brauch ) ... D. - … qui appelle I’homme à prendre en garde la duplication ... J. - ... qui, autant que je puis voir, ne se laisse expliquer ni depuis la venue en présence, ni à partir de ce qui vient en présence, ni à partir de la relation des deux. D. - Parce que la duplication elle-même déploie la clarté, c’est-à-dire I’éclaircie à l’intérieur de laquelle ce qui vient en présence en tant que tel et la venue en présence deviennent distinguables pour l’homme ... J. - ... pour l’homme qui, suivant son propre déploiement, se tient dans la relation, c’est-à-dire dans le il faut qu’est la duplication. C’est le propre de l’herméneutique, manière d’accueillir la parole pour découvrir, pour porter à connaissance, pour en prendre l’épaisseur… pour en comprendre quelque chose. C’est la lecture des textes sacrés, de ce qui est symbolique. Être attentif à « l’annonce » : signe précurseur d’un événement, ce qui nous devance et nous appelle et qui va faire la relation. Qui nous transporte, qu’il s’agit de prendre en garde, il s’agit de déployer mais ça ne se met jamais en pleine lumière… Il faut en prendre garde ! en prendre soin. « J. - L’homme se tient « dans la relation » (im Bezug) veut alors dire la même chose que : l’homme déploie son être d’homme « dans le il faut » (im Brauch ) ... » C’est toute la dimension de l’Ereignis, apport de monde, apport de temps, maintenant il est temps pour : moment opportun, guise de la présence : saveur de monde, et action. Veut alors dire la même chose : ça veut nous dire, ça nous dit que se tenir dans la relation c’est tenir sa manière d’être homme. C’est-à-dire être appelé à se tenir humain : charge d’être ! Son être d’homme : Cette manière d’être homme appelle l’homme à prendre en garde la duplication, c’est-à-dire j’ai charge d’avoir à être et de prendre la mesure que je suis déjà d’une certaine manière : facticité, temporalisation et mondialisation. Ce sont les existentiaux !

« D. - … qui appelle I’homme à prendre en garde la duplication ... » Duplication : pli/repli, cette tension d’être et d’étant c’est-à-dire cet appel à être et cette manière d’y être toujours tourné, d’y avoir pris part dans une signification qui est tout autant un comportement, une sensation, un sentiment. Il m’est toujours donné d’être, mais ma manière d’être m’appelle à être qui je suis toujours déjà. Je suis appelé à ça, ce n’est pas comme je veux.

Prendre soin de ça : « J. - ... qui, autant que je puis voir, ne se laisse expliquer ni depuis la venue en présence, ni à partir de ce qui vient en présence, ni à partir de la relation des deux. » Ni depuis la présence elle-même ; ni depuis ce qui vient en présence : un quoi, ce qui vient au devant, le réseau de renvois, la conjointure de monde ; ni à partir de la relation des 2. Il n’y a pas d’abord la venue en présence ; il n’y a pas non plus ce qui vient en présence, quelque chose qui serait là pas présent, en absence, et qui viendrait en présence : ça veut dire que l’absence est une guise de la présence ! Venir en présence est une forme, un slash qui augure une figure s’éclairant d’un fond se retirant. Ce n’est pas un concept. Ni à partir des 2 car c’est cette garde, la dimension d’être humain qui fait que nous avons garde, charge, souci d’être humain et de prendre soin, d’accueillir cette ouverture à être qui nous requiert parce que toute ouverture ne peut que s’éclairer dans le moment même où j’y prends place et part. Et où elle se reprend en garde… Je prends charge d’y être pleinement en présence, d’en assumer les tenants et les aboutissants.

« D. - Parce que la duplication elle-même déploie la clarté, c’est-à-dire I’éclaircie à l’intérieur de laquelle ce qui vient en présence en tant que tel et la venue en présence deviennent distinguables pour l’homme ... J. - ... pour l’homme qui, suivant son propre déploiement, se tient dans la relation, c’est-à-dire dans le il faut qu’est la duplication. » C’est un humain qui peut dire : ça prend cette dimension plutôt qu’une autre. Cette tension être/étant nous appartient à nous les humains, un étant exemplaire qui se pose des questions quant à qui il est. Et qui n’est pas déterminé et qui chaque fois a à se déterminer, c’est à dire à être qui il est toujours déjà, c’est à dire assumer le moment pour, temps pour, façon d’y être, tonalité, saveur, disposition, comportement. Toute manière de se tenir est bien une manière d’être qui appelle à être encore ; et c’est toujours une manière de participer de la présence d’être, participe présent. Et un étant. Et chaque fois que je me tiens comme ça, je peux prendre la mesure que c’est comme ça, plutôt qu’autrement, à la place de… Ça devient vertigineux quand quelqu’un dit : pourquoi ?

D. - C’est pourquoi il n’est plus non plus permis de dire : relation à la duplication - car elle n’est pas un objet face à la représentation, mais le règne du il faut. J. - Que cependant nous n’expérimentons jamais de façon immédiate, aussi longtemps que nous nous représentons la duplication comme la simple différence qui devient visible à l’occasion de la comparaison qui tente d’opposer ce qui vient en présence et sa présence elle-même. D. - Je suis surpris que vous voyiez si clairement. J. - Quand je puis vous suivre dans l’entretien, cela réussit. Laissé seul, je suis sans voix ; déjà la manière dont vous utilisez les mots « relation » et « il faut » ... D. - ou, mieux, dont il faut les employer ... J. - est assez dépaysante. Présence d’être est toujours une manière d’être ouvert pour une possibilité d’être et y être d’une certaine manière toujours déjà, qui m’a échappée… et l’oubli de l’être. C’est un devoir, ça nous requiert. Tant qu’on reste dans l’opposition, dans la comparaison, il y a quelque chose d’une césure, d’un coupé… On ne peut pas entendre ça quand on reste dans l’idée que cette table représente l’idée de la table, la tabléité de la table. C’est la métaphysique… Laissé seul : la pensée se déploie ensemble, forme de relation… toujours Mitsein. Je peux me retirer de ça, je peux me prendre pour, me séparer… si je ne me laisse pas conduire à porter avec l’autre. On ne se conduit pas l’un l’autre ! Se laisser conduire ensemble. Dépaysante : lève le familier. Il y a une manière d’user des mots familiers, mais la manière dont ça s’articule, ça s’épaissit… fait que ça me dépayse. Ça me fait éprouver le dépaysant, l’angoisse, l’ouvert, l’angoisse existentiale, ouverture… Comme l’enfant qui dit : je lui est dit qu’elle était conne… parce qu’elle était conne… C’est à dire ? Qu’est-ce que tu dis ? Qu’est-ce que tu donnes à entendre ? Qu’est-ce que tu entends par-là ? Qu’est-ce que tu fais ? Qui tu es ce faisant ? Et là c’est insupportable et ça génère de l’intensité et de la violence qui devient méchanceté… Ça fait vaciller !

«  D. - Je ne le nie pas. Mais il me semble que dans le champ que nous parcourons, nous ne parviendrons à ce qui est initialement familier que si nous ne redoutons pas le passage à travers le dépaysant. » C’est par l’étranger que je découvre le chez moi Les voyages m’amènent à retrouver le pétillant chez moi.


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