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Suite à publication sur site du CIFPr d’un article concernant Heidegger et le nazisme

Réponse de Edith Blanquet à Philippe Grauer, le 6 mai 2015.


CIFPR Centre interdisciplinaire de formation à la psychothérapie relationnelle

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Suite à la diffusion en ligne de l’article "Cessez de cacher le nazisme de Heidegger !" , j’ai jugé important de répondre.... 6 avril Cessez de cacher le nazisme de Heidegger ! Par Adam Soboczynski © Le Monde, 7 avril 2015 L’œuvre du philosophe allemand, qui a inspiré tant de penseurs français, a été systématiquement expurgée de ses passages nazis et antisémites par ses héritiers. Il est temps qu’une édition vraiment critique de ses (...)

Cessez de cacher le nazisme de Heidegger ! par Edith Blanquet A Philippe Grauer, responsable du CIFP Site internet : www.cifp.fr

Réponse suite à la mise en ligne du texte : « Cessez de cacher le nazisme de Heidegger » Date de la réponse 6 mai 2015

Monsieur Grauer, J’ai découvert sur votre site cet article que vous diffusez dans lequel mon livre « Apprendre à philosopher avec Heidegger » paru chez Ellipses en 2012 est mentionné comme « une lecture psychologique ». De ce fait et au-delà, je dirai, dans le souci de permettre à vos lecteurs de penser par eux-mêmes, qu’il me semble opportun de vous répondre et de vous demander que cette réponse soit publiée sur votre site. Tout d’abord un petit rectificatif en ce qui concerne mon ouvrage : non celui-ci ne propose pas une lecture « psychologique » mais une ouverture à la pensée de ce philosophe. Il apporte quelques directions pour penser l’humanité de l’homme et donne quelques appuis pour entendre et méditer en quelle façon penser l’homme comme Dasein peut venir enrichir l’approche clinique et en quelle façon la « psychologie » demande à être questionnée et reconduite à ce qui devrait la concerner.

Mais surtout la lecture de cet article me conduit à vous faire part de mon embarras : l’auteur dit que le nazisme de ce philosophe est « avéré »…et il me semble qu’un peu de modération s’impose à cet endroit. Avez-vous-lu les « fameux « Cahiers noirs » qui portent ce nom fort ambigu ?…Leur appellation est tout simplement liée à leur forme : le texte original est écrit sur des cahiers d’écoliers de l’époque. Mais me direz-vous ceci est peut-être juste un détail ? Tout comme nous pouvons ne pas être saisis lorsque le magasine « Philosophies » reproduit une photographie de ce philosophe parsemée de points qui, peu à peu grossissants, prennent forme de croix gammées… Avez-vous lu Heidegger dans le texte ? Car à vous lire il semble que ce que vous en retenez invite à quelques rectificatifs comme par exemple lorsque vous péjorez le « on » existential. Le « bavardage »tel que pensé par Heidegger n’est pas un jugement dépréciatif de la manière quotidienne dont nous parlons ; il est un mode quotidien d’habiter la parole, celui du familier. En aucun cas les propos du philosophe ne vous autorisent à conclure que Heidegger révérait la « parole authentique »…votre propos témoigne d’un malencontreux contresens et d’une incompréhension quant à ce que veut dire l’oubli de être et la différence ontologique.

Vous n’êtes pas sans savoir que régulièrement ce philosophe est accusé de nazisme…tout autant qu’Hannah Arendt, ce qui pourrait éventuellement vous laisser dubitatif et amener à aller chercher plus avant plutôt que de vous arrêter à ce qu’il est convenu de dire quant à ce philosophe, à notre époque où nous ne nous arrêtons pas pour approfondir tant « le temps c’est de l’argent » …et où les journaux nous délivrent une information « en temps réel »…Il semble que « Télérama » et autres magazines deviennent modèles en matière de ce « qu’il convient de penser pour être « dans le moove ! » ». Pourtant peut-être gagnerions-nous à considérer ce qui conduit aujourd’hui à produire un tel « bavardage » ? Que penser par exemple de la publication du « Livre noir de la psychanalyse » ? Qu’en est-il aujourd’hui d’une possibilité même de penser, de préserver cette humanité de l’homme à laquelle ce philosophe nous convoque ? Que penser de la censure mise en acte qui a conduit un groupe de philosophes à publier « Heidegger à plus forte raison » ?

Je voudrais vous inviter à lire le texte lui-même et à donner à vos lecteurs des directions pour approfondir cette question. Par exemple vous pourriez mentionner qu’un colloque s’est tenu à la BNF le 23 janvier 2015 sur le sujet de « Heidegger et « les juifs » »…et que certaines conférences sont directement accessibles sur le site : parolesdesjours.free.fr qui lui-même prend soin de mettre en ligne de nombreux écrits sur cette question fort délicate. Ecrits qui invitent à penser/lire/méditer… Je vous recommande notamment la lecture ou l’écoute de la conférence de François Fédier, qui donne avec exigence à entendre au plus près le sens de la pensée de Heidegger, soit d’autres manières de le lire en vue de mesurer la nature et la force des contresens auxquels la majorité des média viennent rapidement à conclure et juger du supposé « nazisme » du philosophe. Contresens induits notamment par la traduction erronée/hative liée à une méconnaissance de la manière de penser de Heidegger et à cette caractéristique du comprendre quotidien qu’est l’équivoque...la parole et la langue requièrent patience c’est-à-dire endurance et acceptation de se laisser toucher, humilité…Mais me direz-vous ces « mots-là » sont d’une époque révolue pour nous qui aujourd’hui sommes invités à nous considérer comme quasi cyborgs…et ce en vue de nous garantir un bonheur assuré.

Il n’est pas sans conséquences de colporter des slogans sans avoir par soi-même enduré le travail d’un texte et s’être tenu ouvert pour qu’une parole nous invite à trouver notre place auprès d’autrui. Dans l’attente de votre réponse, recevez l’expression de mes sentiments cordiaux. Edith Blanquet


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